Des souvenirs de pin et de thym,

une danse transportée par le vent,

aux nuances vertes et  jaunes.

 

Entre le début -- et la fin -- de cette histoire, une autre histoire émerge. Comme une histoire dans l’Histoire. Une représentation plus exacte serait celle d’une poupée russe, symbolisant l’histoire principale, qui contiendrait plusieurs petites histoires. J’imagine que presque toutes les histoires sont créées de cette manière. Elles commencent doucement, en se frayant un chemin à travers le monde, sans savoir où le vent les mènera.

Je l’ai rencontré, mon ami de Marseille, alors que j’étais en déplacement pour réaliser une peinture murale, à Malacca, en Malaisie. Au cours de plusieurs week-ends, j’ai traversé la frontière en bus pour aller peindre la façade d’un hôtel, afin de réaliser une peinture murale sur son mur extérieur. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois dans un café où je déjeunais avant d’aller travailler. Sous les bords de son chapeau de paille fatigué, j’ai distingué de grands yeux gris-verts, pétillant d’un éclat empreint de gentillesse. Hypnotisés, nous nous sommes tous les deux dirigés l’un vers l’autre avec timidité et nervosité, comme des étoiles filantes hésitant à traverser l’étendue du ciel. 

Évidemment, je suis allée rendre visite à cet ami de Marseille plusieurs mois plus tard, au début de l’automne. C’était la première fois que j’allais en Europe et comme pour toute première fois, j’ai regardé avec émerveillement tout ce que je voyais, comme si je voulais à nouveau voir à travers mes yeux d’enfant. Tout me semblait merveilleux. J’ai remarqué la senteur du pin et du thym qui s’échappait des jardins, transportée par le vent. J’ai adoré les différents paysages naturels de cette partie du sud de la France, où les vagues déferlantes de la Méditerranée rencontrent les calanques et les montagnes.

Plusieurs mois avant cette rencontre, avant ce travail de peinture murale, ma vie me semblait insipide. J’étais épuisée par un environnement professionnel plutôt routinier et j’ai commencé à ne plus être que l’ombre de moi-même, profondément perdue au milieu de petits problèmes sans solutions, qui n’étaient ni excitants, ni intéressants. Finalement, j’en ai eu assez et j’ai décidé de suivre le conseil d’un proche, d’arrêter de me plaindre de ma vie et de faire quelque chose qui me rende heureuse chaque jour. J’ai alors décidé, presque par hasard, d’utiliser un appareil photo argentique basique que j’avais en ma possession, pour prendre chaque jour une photo de mon environnement. Je pensais tout au moins que j’apprécierais le sentiment d’impatience enthousiaste, suscité par l’attente des photographies argentiques en cours de développement. À ce moment là, l’endroit où je travaillais se situait près du quartier chinois de Singapour. De nombreux magasins de produits orientaux pittoresques et des personnes avec des modes de vie séculaires constituaient le décor de ces rues, un étrange panorama dans ma ville ultramoderne.

J’ai commencé à développer un sentiment de nostalgie pour les moments fragiles du quotidien.

Ces infinités d’une minute, mes infinités d’une minute, ont été capturées sur une pellicule 35 mm. Puis, j’ai commencé à voyager, amenant toujours cet appareil avec moi dans chacun des lieux où je séjournais. L’année dernière, je suis allée à Marseille pendant un mois. Un mois formidable, riche en heures ensoleillées sur les plages de galets, en balades à pied pour explorer les rues, les lieux phares de la verte Provence. Main dans la main avec lui. Découvrant au fil des jours, alors que j’étais éveillée par les joyeux rayons du soleil qui entraient par les fenêtres, sentant leur chaleur sur mes jambes, que cette Marseille laissait sa trace dans mon cœur. Aujourd’hui, mon ami de Marseille vit à dix mille kilomètres de chez moi, à Singapour.

Aucun de nous deux n’ose espérer un dénouement heureux. Des raisons insurmontables font que certaines histoires ne peuvent bien se terminer. Mais la somme de ces minutes, nos moments fragiles où nous cherchions à donner vie à notre rêverie, se retrouvera dans ce murmure de mon âme, à la sienne.

 

Grâce à toi, ma vie est belle.

 

Merci d’avoir lu cette histoire et bienvenue sur Ma vie marseillaise.

 

PROCHAIN PROJET

Doucement sera le recueil d’une sélection d’histoires courtes, récits de résidents vivant à Marseille et alentours.  

Nous cherchons des histoires sur le quotidien, les joies et les peines des moments qui le constituent ; vos moments de vie, de respiration. Ces carnets de voyage et reportages photos sont empreints d’un sentiment de nostalgie et d’un éclat, donnant une lumière poétique aux moments fragiles, histoires d’amour et rêveries quotidiennes.   

Pour lire ces histoires, consultez https://medium.com/everyday-marseille

Une invitation aux résidents du sud de la France, ceux qui considèrent qu’ils sont chez eux à Marseille, ou qui l’ont considéré par le passé, à partager leurs histoires.

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